Retour au Journal

La man’ouché, un matin libanais

Du pain chaud, le parfum du zaatar et le temps d’une conversation : rencontre avec un petit-déjeuner cher au Liban.

Par La Châtelaine du Liban
· 3 min de lecture

La man’ouché, un matin libanais
Image d’illustration.
Dans cet article

Tout commence par le parfum. À l’odeur du pain chaud se mêle une note plus végétale, plus vive : des herbes, du sésame, une pointe acidulée. Avant même la première bouchée, la man’ouché au zaatar a fait les présentations. Elle offre une entrée savoureuse dans la cuisine libanaise, avec assez de caractère dans une seule galette pour mériter toute notre attention.

La man’ouché a sa place parmi les petits-déjeuners du Liban et dans ses boulangeries de quartier. L’autrice culinaire Barbara Abdeni Massaad lui a consacré un livre de plus de soixante-dix recettes. Une belle manière de rappeler qu’un nom familier peut ouvrir sur de nombreuses possibilités.

Ce que raconte le zaatar

Le zaatar désigne aussi bien une herbe aromatique que le mélange préparé avec elle. Un inventaire du patrimoine libanais décrit les herbes séchées associées au sumac, au sésame grillé et au sel, puis conservées parmi les provisions de la mouneh. Sur la man’ouché, ce mélange rencontre l’huile d’olive et le pain.

Prenez le temps de goûter : les ingrédients semblent se répondre. Les herbes apportent leur parfum, le sésame sa note grillée, le sumac une acidité franche. L’huile réunit ces saveurs. Face à elles, le pain offre sa douceur. Tout le plaisir tient dans cet équilibre : une garniture expressive et une pâte qui laisse à chaque saveur la place de se déployer.

Tomates, concombre, olives, menthe et labneh figurent parmi les accompagnements recensés par l’UNESCO. Chacun propose un autre contraste : le frais face au chaud, le croquant face au moelleux. Un petit morceau de pain au zaatar constitue déjà un beau début, avant de découvrir le reste de la table.

Les gestes derrière le petit-déjeuner

L’UNESCO décrit la pâte marquée du bout des doigts et les savoir-faire transmis des parents aux enfants. En 2023, cette pratique culinaire a rejoint sa Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. L’organisation évoque aussi les rencontres matinales appelées sobhhiyé.

Ces détails invitent à regarder autrement ce qui arrive à table. Devant une galette, pensons aux mains qui l’ont façonnée. Quelqu’un a apprécié sa souplesse, jugé le bon moment, surveillé sa couleur. Ce que l’on reçoit en un instant porte le temps et l’attention qui l’ont rendu possible.

Un petit-déjeuner simple mérite lui aussi ce soin. Son attrait tient à des décisions discrètes : la sensation de la pâte sous les doigts, la répartition de la garniture, le moment précis où le pain est prêt à être mangé.

Faire une place au matin

Un pain que l’on partage avec les mains contient une douce invitation : prenez un morceau, installez-vous, restez encore un peu. Le petit-déjeuner partagé laisse de la place aux silences autant qu’aux paroles. La prochaine bouchée peut attendre la fin d’une histoire.

Nul besoin d’une grande occasion pour goûter ainsi. Commencer par quelque chose de chaud, prêter attention aux saveurs et aux personnes assises à côté de soi : voilà déjà un joli programme. La man’ouché en offre un délicieux point de départ.

Tous les articles